Charte de ARF

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Le collectif féministe ARF (action radicale féministe) est un collectif non-mixte meufs et personnes trans*, autogéré et intersectionnel. Nous estimons que la non-mixité est un outil essentiel dans la lutte contre le sexisme et la transphobie. Par ailleurs, nous avons choisi de nous définir comme non-mixtes, plutôt que comme « ni mixtes ni non-mixtes » pour la simple et bonne raison qu’un collectif qui se définit ainsi est mixte par défaut : dès lors, il devient difficile d’y organiser des réunions non-mixtes sans soulever un certain nombre de réticences et résistances, en particulier chez les personnes qui en sont exclues. Nous sommes conscient-e-s que le principe de non-mixité est souvent mal compris et mal accepté, parfois pour des raisons qui relèvent de la mauvaise foi, parfois selon des arguments plus pertinents, auxquels nous nous devons alors d’apporter des réponses complètes et approfondies. Voilà une liste non exhaustive des arguments qui nous sont en général opposés, classés des plus « trolls » aux plus pertinents :  

« Mais alors vous voulez vraiment vous débarrasser de tous les mecs et vivre en gynécée ? » 

Non, la non-mixité n’est pas une fin en soi pour nous, mais un outil d’émancipation, de réappropriation des espaces militants ; c’est un moyen de créer des espaces safe (c’est-à-dire où au moins une discrimination est neutralisée) pour les personnes exclues de l’immense majorité des autres milieux (par exemple les personnes auxquelles on a assigné un genre qui n’est pas le leur).

« En fait, tout ce que vous voulez, c’est taper sur les mecs entre filles. »

D’abord, on n’est pas entre filles, il y a parmi nous plusieurs personnes qui ne sont pas des femmes. Ensuite c’est symptomatique d’une tendance à se penser comme unique sujet et à se poser comme centre de toute chose : « si on nous exclut, c’est forcément pour parler de nous ». Non, en non-mixité on ne parle pas de Untel et de Machin, on ne parle même pas des mecs en général, mais on organise des actions et on travaille sur nous-mêmes à s’émanciper de ce que les normes de genre ont d’opprimant.

« Pourquoi ne pas créer des cercles de non-mixité mecs ? »

De fait, la non mixité de mecs cisgenres (On définit comme « cisgenre » une personne dont l’identité de genre, c’est-à-dire l’auto-définition, correspond au genre qui lui est assigné la naissance. Par exemple, une personne socialement perçue comme une femme et se reconnaissant comme femme) est assez fréquente dans tout un ensemble de situations : au sommet de la hiérarchie sociale, dans certains départements universitaires souvent réputés comme « plus prestigieux », dans certains lieux de sociabilité…

À une non mixité de mecs qui relèverait seulement de la revendication puérile d’un droit à la symétrie, nous répondons : ce qui nous unit dans notre lutte, c’est que nous sommes touTEs prises dans divers rapports de dominations liés au genre (il peut s’agir du nôtre, de celui que l’on nous assigne ou que l’on nous a assigné…). Ces expériences d’oppression ne sont pas quelque chose que partagent ceux qui ont toujours été les privilégiés. Cependant, nous sommes conscientEs du fait que les mecs aussi peuvent vivre violemment leur assignation genrée, et avoir un vécu d’aliénation : culte de la performance, pression sociale à être le rebelle, le plus fort, illégitimité à laisser paraître ses sentiments, etc… Il est clair que le fait de se sentir aliéné-e par les catégories de genre n’est pas l’apanage des meufs et des trans. Nous n’excluons donc pas a priori la non mixité entre mecs cis, à condition d’être particulièrement attentifs/ves à ses conséquences possibles en termes de domination de genre (cela risque de renforcer des schémas d’imposition virils, des solidarités masculines…).

Enfin, l’un des principaux avantages de la non-mixité est que cela facilite l’accès à la parole de personnes qui ne la prennent ou auxquelles on ne la donne pas souvent. La capacité à prendre la parole en public n’est pas un don inné : c’est quelque chose que l’on apprend, mais aussi quelque chose qui reflète une certaine hiérarchie sociale – certaines personnes sont considérées comme légitimes dans leur prise parole, d’autres non. De fait les femmes sont souvent plus effacées que les hommes dans des discussions où il s’agit de s’imposer et de s’affirmer (colloques universitaires, discussions politiques…). Les cercles non mixtes peuvent être un lieu accueillant pour se réapproprier la prise de parole, outil dont l’accès nous a été rendu plus difficile du fait de notre socialisation.

« Vous pensez vraiment que les mecs sont vos ennemis ? Un mec n’a pas le droit d’être antisexiste ? »

Si bien sûr, mais on estime que la lutte est différente selon la position qu’on y occupe : on ne lutte pas de la même manière si on est en position dominante, ou si l’on est dominé-e. En outre, si nous nous définissons comme opprimé-e-s, c’est d’un point de vue structurel, et nullement parce que nous nous identifions à des victimes, que nous souhaiterions émouvoir le monde sur notre pauvre sort et lui demander de venir nous sauver : nous sommes des combattant-e-s, nous sommes celleux qui luttent, et nous estimons que l’émancipation doit toujours venir des personnes en situation d’oppression.

« C’est super essentialisant ! »

Au contraire, la non-mixité (meufs et personnes trans*) permet de mieux faire réfléchir sur la plasticité du genre. Tout simplement parce que ça n’est pas sur un critère d’essence que nous nous réunissons (la « féminité » contre la « masculinité »), mais sur des critères liés à nos trajectoires au sein d’une société imprégnée de part en part de rapports de pouvoir. Si nous partons du principe que le genre est un rapport de pouvoir, notre point commun n’est pas notre être éternel, mais le fait d’occuper et d’avoir occupé des positions similaires dans ce rapport. D’ailleurs, la non-mixité meufs/trans n’est pas un absolu, d’autres non-mixités sont possibles pour toutes les personnes ayant en commun une même situation d’oppression ou vécu marginalisé.

« Le genre est aussi une catégorie performative. Le reconnaître, c’est maintenir et perpétuer son existence. »

Pour autant, nier l’existence du genre n’est pas s’en libérer, et refuser de reconnaître une situation concrète n’est pas la faire disparaître. Les différences, de fait, existent, et une telle politique risque de créer l’effet « il n’y a pas de ça chez nous » : nous nous revendiquons antisexistes, il ne s’agit pas pour autant de refuser d’admettre que les structures de dominations se perpétuent aussi chez nous, alors que l’objectif même de notre collectif est de se rendre plus sensible à ces situations d’oppressions.

« On ne peut pas créer de la remise en question chez les personnes qui ont le plus de privilèges de genre, en l’occurrence, les mecs cis, si on refuse de travailler avec elles. »

C’est pour ça qu’on souhaite aussi organiser régulièrement des réunions mixtes : se définir comme collectif non-mixte ne nous empêche pas de le faire.

Par conséquent, nous fonctionnerons de la manière suivante :

  • Le collectif se réunit une fois par semaine en non-mixité, et une fois par mois en mixité. Les réunions mensuelles en mixité seront l’objet d’un thème sur lequel nous travaillerons collectivement.
  • On est ouvert-e-s au dialogue et aux possibilités d’évolution de cette charte. Cependant, pour des raisons pratiques évidentes, nous ne pouvons pas, à chaque réunion, remettre sur le tapis l’ensemble de nos principes. Nous sommes ouvert-e-s aux personnes en questionnement, mais pas à celles qui viennent uniquement pour nous manifester leur hostilité. Ce travail collectif se veut constructif et non défensif : il a pour objectif de déboucher, non pas sur des joutes oratoires incessantes, mais sur des actions concrètes
  • Au début de chaque réunion aura lieu un tour des prénoms et pronoms (pronom par lequel chacun-e souhaite être désigné-e) des personnes présentes. Ceci n’a pas pour but d’acculer chacun-e dans son genre et de cautionner ainsi l’existence du genre en général, mais simplement de faire en sorte que chaque personne présente soit genrée comme elle le souhaite (c’est-à-dire de ne pas dire « il » quand il faudrait dire « elle », ou inversement). S’il n’est aucunement obligatoire de se définir par un genre précis, par contre, il est obligatoire de respecter le choix d’autrui.
  • Notre collectif fonctionne sur le principe de l’autogestion, ce qui signifie qu’aucun avis n’a plus de poids qu’un autre et que les responsabilités sont partagées sans distinction aucune. Il est indispensable de veiller constamment à ne pas reproduire dans le fonctionnement quotidien des hiérarchies fondées sur l’ancienneté militante, la spécialisation dans un domaine, etc.

En outre, les décisions seront prises dans la mesure du possible au consensus, ou, le cas échéant, par le biais d’un vote. Nous estimons qu’il est préférable de parvenir à une position dans laquelle chacun-e puisse se reconnaître avec ses propres nuances. Cependant, le « consensus » ne signifie pas un compromis mou : il permet une discussion où les membres se laissent la possibilité d’évoluer soit en se laissant convaincre, soit en convainquant les autres ; quoiqu’il en soit, la décision du collectif n’engage jamais totalement la personne qui n’est pas simplement un-e représentant-e du collectif auprès des autres mais conserve son esprit critique.

  • Notre action action est émancipatrice : nous ne nous définissons pas comme des victimes, mais comme des personnes qui luttent.
  • Les membres du collectif s’efforcent d’être autant que possible attentifs à la dimension intersectionnelle des dominations. Nous ne voulons d’une lutte pour « la Femme », mais d’une lutte qui prenne en compte la manière dont les différentes dominations se combinent (sexisme, racisme, classisme, discriminations à l’encontre des personnes trans et à l’encontre des personnes bies, lesbiennes et gaies.…). Ce qui pourrait éventuellement nécessiter d’instaurer des non-mixités plus restreintes.
  • Enfin, nous nous définissons comme radicales au sens où notre action a pour but de renverser les structures par la lutte.

Une réflexion au sujet de « Charte de ARF »

  1. J’aime le fait que vous vous réappropriez le terme « féministe radicalE » 🙂
    Merci !
    Je pense que la radicalité ne devrait plus être le terme associé au féminisme essencialiste.
    Moi aussi je suis radical par ce que « je prend les problèmes à la racine »
    Nous sommes des féministes radicalEs.

    Kaïneus

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